Anatomie du désir

Créer un équilibre émotionnel par la pratique spirituelle de l’étude de soi de M. Govindan Satchidananda. Paru dans le Journal du Kriya Yoga, Hiver 2009

 

PARTIE 1

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vos désirs sont si forts? Pourquoi vous vous énervez ou vous vous mettez en colère lorsque des obstacles inattendus vous empêchent d’obtenir ce que vous voulez? Et pourquoi la frustration qui en résulte vous déprime ou vous rend agressif selon votre forme? Avez-vous tendance à vous faire du souci pour des choses sans importance de la vie courante? Vous plaignez-vous souvent sans raison? Qu’est-ce qui vous enthousiasme, vous ennuie, vous rend apathique?
Pour gérer sa vie, il est nécessaire de comprendre comment les désirs ainsi que les sentiments et les émotions qui en découlent agissent en nous. Nous sommes responsables des désirs qui naissent en nous. Mais comprendre «l’anatomie du désir» n’est que la première étape. Ensuite il faudra transformer notre nature humaine afin de pouvoir développer une sérénité émotionnelle et spirituelle.

Le désir est la manifestation première du corps vital.

Qui êtes-vous? Anatomie du corps subtil
Les gens souffrent, car ils s’identifient à leur corps physique, à leurs émotions et à leurs pensées éphémères. Sous un angle spirituel, nous réalisons que nous ne pouvons pas être quelque chose qui est là à un instant donné et qui disparaît l’instant d’après. Notre corps, nos émotions et nos pensées changent continuellement. Nous ne pouvons être que ce qui est permanent, ce qui ne change jamais. Quelle partie de vous ne change jamais? Les personnes spirituelles nous disent que Ce que nous sommes réellement est le Témoin Conscient, celui qui voit le film de notre vie. Nous le connaissons par la pensée «je suis», non pas «je suis ceci ou cela», mais simplement «je suis». Il est celui qui connaît la vérité, ce qui est bon, la vraie joie et la beauté de l’existence quand vous êtes consciemment votre âme et que l’esprit, la vie et le corps prennent leur véritable place en devenant ses instruments.
L’âme, l’être psychique, se meut dans ce monde à l’aide des quatre véhicules qui sont le corps physique, le corps vital, le corps mental et le corps intellectuel. Selon le yoga, l’être humain ne se limite pas au corps physique mais est composé en fait de plusieurs corps concentriques ou gaines d’énergie-conscience, allant du plus grossier au plus subtil.

  1. Le corps physique:

    Il représente la matière, la partie visible de l’être humain, y compris la conscience du corps au niveau cellulaire qui agit sans intervention du mental;

  2. Le corps vital:

    C’est le siège des désirs, des sensations, des émotions, des passions, des aspirations, des instincts de possession, de la peur, de la colère, de l’avidité, de la luxure, de la tristesse, de la joie, de la haine, des aversions, de la fierté, des attirances, des préférences, etc…

  3. Le corps mental :

    Il représente la connaissance, la perception par les sens, notre façon de réagir aux pensées, l’utilisation de nos forces mentales pour réaliser nos idées, et enfin l’expression des idées par la parole.

  4. Le corps intellectuel:

    C’est le corps qui raisonne, analyse, synthétise et construit des idées à partir des signes, des indications et des informations. L’esprit prend position par fractionnement et oublie l’unité qui est derrière, bien qu’il soit capable d’y revenir par l’illumination qui se produit quand l’individu se transcende et devient conscient de la Vérité et la Réalité Ultime sous-jacente à tout nom et toute forme.

  5. Le corps spirituel:

    L’être éternel ou le Soi individuel, la conscience spirituelle par laquelle nous entrons en contact avec le Soi, l’Esprit, l’âme et qui peut voir dans toute chose leur réalité essentielle et le jeu des forces et phénomènes comme provenant de la Réalité essentielle.

    Chacun de ces cinq corps agit les uns sur les autres continuellement. Cependant, nous ignorons généralement ces interactions car notre conscience est absorbée dans leur jeu. En cultivant la présence au quotidien et en pratiquant la méditation, nous pouvons arriver à discerner et distinguer le fonctionnement de chacun de ces corps.

 

L’égoïsme: une erreur d’identification
Les émotions ou les pensées qui se répètent ou même les sensations physiques créent l’illusion de la permanence, alors qu’en fait, rien n’est permanent dans ces corps. Le cerveau humain ne voit pas ce qu’il y a de fondamental derrière l’évènement, et c’est ainsi que nous nous identifions avec ce que nous ne sommes pas. Cette limite est l’égoïsme: l’habitude de s’identifier avec des sensations physiques, des émotions, sentiments et pensées, simplement parce qu’ils se répètent. Par conséquent, si nous sommes notre corps, nos émotions et notre esprit, alors notre motivation première est de tout faire afin de nous faire plaisir ou éviter de souffrir. Lorsque les actes, les mots ou les pensées sont répétés par habitude, nous développons des goûts et des aversions. Ainsi, lorsque nous sommes sous l’emprise d’un désir comme manger une glace, ou ressentir une certaine émotion, ou revivre un souvenir, nous pensons alors «je suis» ce sentiment, ce souvenir ou cet acte. Nous entendons notre esprit faire écho au désir par des affirmations comme «j’ai besoin de faire cela», «je pense» ou «je suis déprimé».

 

Reconnaître le corps vital, siège des désirs
Au fond, nous sommes des animaux munis d’un système nerveux plus évolué qui nous permet de concevoir la perfection, de reconnaître nos imperfections, d’envisager des stratégies et d’exercer une volonté pour relier les deux. Et comme les animaux, nous avons un corps vital qui est le siège des émotions et des désirs.
Le désir est la manifestation première du corps vital. Le corps vital, plus subtil que le corps physique, mais plus grossier que le corps mental nous anime par son énergie. Il pénètre, influence, voire même corrompt, constamment le fonctionnement de chaque partie de notre être. Le corps vital est cette partie de notre nature humaine complexe qui contient en elle-même toute la force sous-jacente qui nous permet d’agir. Tous nos désirs pressants, notre enthousiasme bouillonnant et l’intensité de la passion ont leur siège dans ce corps.
Nous sommes conscients de notre corps vital à chaque fois que nous nous sentons apathiques, tristes, peureux, fiers, en colère, pleins de convoitises, courageux ou même lorsque nous souhaitons être aimés ou acceptés par les autres. Ces émotions se manifestent de façons très variées. Elles proviennent de notre égo qui cherche à être aimé ou à contrôler. Toutes ces émotions deviennent des désirs lorsqu’au lieu de nous en détacher, et de reconnaître leurs effets fondamentaux sur notre bien-être, nous les transformons en fantasmes et agissons en vue de les satisfaire. Il est intéressant de mettre en contraste cette façon humaine de réagir avec la réponse qu’a faite le grand sage du 20ième siècle, Ramana Maharshi, lorsqu’il lui a été demandé de décrire son état d’illumination: «Maintenant plus rien ne peut me déranger».
Si le corps vital est perturbé, cela peut engendrer des peines, de l’insatisfaction, de l’impatience et de l’irritation, une tendance à l’agressivité, à perdre son calme en cas d’obstacles sur notre chemin, à attendre des compliments, à dramatiser, à la recherche de plaisirs malsains, etc… Alors qu’un corps vital équilibré n’a pas de pouvoir de discrimination, il nous amène à nous réjouir constamment de chaque expérience vécue.

Post Author: yogamond

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