Apprendre aux enfants à respirer

Par Valérie Besson

Le yoga apporte un nouveau souffle à l’école
Des séances de yoga se tiennent depuis quelques années dans des écoles primaires de la Commission scolaire Marie-Victorin. À l’école Guillaume-Vignal, à Brossard, une équipe d’Enjeux de la télévision de Radio-Canada les a rencontrés. Des enfants font du yoga en classe, et ils en retirent un grand bien-être. Ils deviennent plus calmes et ils réussissent à mieux se concentrer.

« Je travaille mieux en classe, je retiens mieux », confie Aliénor.

Calme inhabituel
Micheline Beaudoin est animatrice à la vie spirituelle à l’école Guillaume-Vignal. Elle se promène de classe en classe, et elle offre aux élèves 30 minutes de yoga par semaine. Les journalistes ont assisté à une séance avec des enfants de 5 et 6 ans et constatent dans un calme inhabituel, que les petits aiment faire du yoga. Ils disent que cela les calme et les relaxe. Une élève explique qu’après la séance, elle est détendue pour le restant de la journée.
Pour Micheline Beaudoin, il faut savoir s’arrêter dans la vie: « On est dans un monde où ça tourne vite, ça roule vite. Il n’y a pas beaucoup d’espace dans notre vie – ni les enfants ni les adultes – pour s’arrêter, aller à l’intérieur, respirer et sentir ce qui se passe, aller voir ce qu’on ressent ». Plusieurs parents ont aussi remarqué des changements positifs à la maison.
Les journalistes se sont aussi rendus dans une classe de 5e année de l’école Georges-P. Vanier où tous les jours, les enfants font des exercices de yoga pendant huit minutes. La séance est animée par un élève. L’enseignante, Julie Allard, fait aussi son yoga, « Je le fais avec eux, ça crée un modèle. C’est une façon de dire aussi que les adultes peuvent se reposer. C’est vrai que ça me fait du bien. Ça leur prouve à quel point se recentrer dans une journée, c’est important. »

« Maîtresse, et si on respirait cinq minutes, si on faisait l’arbre ? »

Il n’y a rien de vite
Un élève de 5e année témoigne : « C’est bien parce que ça te calme. Et si tu le fais en groupe, ce n’est pas seulement toi qui vas être calmé, mais toute la classe. »
Des jeunes avec des difficultés d’apprentissage de l’école Sainte-Claire, à Longueuil, font aussi du yoga et l’animatrice Lyne Marcheterre constate qu’il faut : « Juste apprendre aux enfants à respirer. C’est incroyable, on est obligés de montrer aux enfants à respirer, on en est rendu là! […] Avec moi, ils ont 30 minutes par semaine (ils se détendent) et ils ont le droit de le faire. Il n’y a rien de vite, on est juste bien. »

Est-ce que le yoga peut améliorer le rendement scolaire? Lyne Marcheterre répond: « On n’en fait pas assez pour que ça paraisse rapidement. Alors, au fil du temps, oui, probablement que ça peut aider des enfants, mais il n’y a rien de répertorié là-dessus ».

En France, le yoga s’implante en milieu scolaire et concerne déjà 70 000 élèves.
Pour des enfants d’aujourd’hui, garder les écrans fermés durant 10 jours constitue un véritable exploit olympique.

Si on respirait 5 minutes
Dans une école primaire de Paris, un projet de yoga a démarré en 2009 car « la directrice constatait que beaucoup d’enfants étaient stressés, avec des maux de ventre et de tête. Ils avaient du mal à se concentrer et cela avait un impact en classe », raconte Ulrika Dezé, diplômée en sciences de l’éducation et fondatrice de Yogamini, au journal Le Monde. « Du coup, j’ai proposé un atelier yoga pendant six mois, et les résultats ont été si positifs, les enseignants tellement satisfaits, que les cours se sont institués. Si les enfants sont mieux dans leur peau et dans leur tête, ils sont mieux à l’école. »

En quelques minutes, ces écoliers agités sont détendus, concentrés et souriants, même les plus indisciplinés, comme Paul : « J’adore le yoga parce que ce n’est pas du travail et ça me détend. » Aliénor fait même des exercices chez elle le matin. « Je travaille mieux en classe, je retiens mieux », confie-t-elle. Tous les élèves sont unanimes pour dire que cette pratique leur fait du bien.
Caroline Allard, leur enseignante, le confirme. « Quand ils sortent du cours de yoga hebdomadaire, ils sont concentrés, posés, et je peux aller plus en profondeur dans l’apprentissage. Paul arrive maintenant à rester calme. Au fil des séances, j’ai vu son attitude changer et ses notes grimper ! L’école privilégie les résultats et l’intellect. Rarement l’être. Ce sont eux qui me demandent : « Maîtresse, et si on respirait cinq minutes, si on faisait l’arbre ? »

Dominique Daumail, professeur d’éducation physique et sportive, témoigne de ses ados de 15 à 18 ans : « Beaucoup sont indisciplinés et anxieux. Je les fais respirer en traçant un trait montant puis descendant, en insistant sur l’expiration pour évacuer les tensions et apaiser le stress physique, émotionnel et mental. Ils se calment en moins de cinq minutes, puis observent intérieurement leur état de calme, de concentration et d’écoute. Ils sont alors prêts à apprendre. Grâce à cette pédagogie, ils s’aperçoivent qu’ils ont un mental et des émotions, et qu’il est possible d’apprendre à les contrôler. »

 

Comment « faire attention »?
Micheline Flauk du Centre de Recherche sur le Yoga dans l’Éducation explique au magazine Nouvelles Clés « qu’en Occident, on se contente de répéter “faites attention !”, “écoutez-moi bien, les enfants!”, comme s’il était simple d’effectuer cet effort. Or cela exige une éducation et le yoga a beaucoup à offrir dans ce créneau-là.
Le développement de la mémoire est une entreprise et le yoga a une très longue expérience des techniques et des moyens à mettre en oeuvre pour rendre le mental actif, et je dirais même pour le rendre réceptif, ce qui est essentiel dans l’apprentissage. On remarque aujourd’hui que les enfants ont des cervelles « comme des passoires », que ce qui « rentre par une oreille sort par l’autre ».
Je pense aussi qu’il serait utile d’apprendre les lois de l’hygiène mentale car on connaît mal, en Occident, quelle est la meilleure façon de récupérer d’une fatigue nerveuse. Sur quel support l’esprit pourra-t-il s’allonger, comme le corps s’allonge sur le sol ? On s’occupe depuis si longtemps de trouver la manière de reposer l’esprit. »
Fixer les connaissances
Les travaux d’Hélène Trocmé-Fabre ont montré que le cerveau s’imprègne des connaissances qu’on lui apporte, d’autant mieux qu’après un cours ou une leçon, il y aura un bref moment de relaxation. Les bons professeurs ont toujours apporté une petite note de gaieté ou de détente après un cours difficile. La relaxation favorise la fixation des connaissances.

 

Utiliser Mantra et Mandala
Micheline Flauk du Centre de Recherche sur le Yoga dans l’Éducation explique au magazine Nouvelles Clés : « Nous voulons que les enseignants soient au fait de la réalité de la tradition du yoga. Nous avons noté que le mantra se fondait sur la répétition d’un même phonème. Comme le faisait remarquer avec beaucoup d’humour Krishnamurti, si on fait répéter à quelqu’un “Coca-Cola, Coca-Cola, Coca-Cola… “, ses ondes cérébrales sont calmées! Nous savons que la répétition est extrêmement efficace. »
Certains enseignants utilisent le coloriage de dessins de mandalas pour favoriser la concentration. Remplir, suivre des contours symétriques, l’usage des couleurs, le calme du dessin contribuent à tranquilliser le mental de l’enfant.
L’impact des jeux vidéos, de la télé sur les jeunes, effrayant !!
Jacques Brodeur de l’organisme Edupax spécialisé en prévention de la violence, éducation à la paix, éducation aux médias chez les enfants a regroupé les études les plus pertinentes et très peu médiatisées démontrant le lien entre les médias et les comportements des enfants.
L’industrie du jeu vidéo représente un chiffre d’affaires annuel de 10 milliards $US. Les jeux vidéo de type FPS (Qui va faire feu le premier?) sont de véritables simulateurs de meurtres. Plus de 50% des
garçons de 10 à 11 ans s’y adonnent régulièrement, même si le boîtier affiche la cote M, réservé aux 18 ans et plus. Les chercheurs ont constaté que les jeunes affichent un comportement antisocial dès qu’ils cessent de jouer: augmentation de 43% des pensées agressives, hausse de 17% des réponses violentes à la provocation.
Un chercheur de l’École de santé publique de l’Université de Washington a constaté que les enfants qui passent 31⁄2 heures par jour devant la télé augmentent de 25% les risques de devenir intimidateurs entre 6 et 11 ans. Sur un échantillon de 1300 enfants, chaque heure de télé à l’âge de 4 ans a fait croître de 9% les probabilités de devenir intimidateur à 9 ans.
Lorsque la télé déverse dans les foyers une cinquantaine d’actes d’agression à l’heure, il est normal qu’on songe à obliger les diffuseurs à en réduire le débit. Malgré des décennies de pétitions et de lettres aux décideurs politiques responsables des ondes publiques, jamais aucun n’a osé intervenir. Lorsque l’un d’entre eux a démontré l’intention de le faire, les lobbyistes de l’industrie regroupés derrière le Conseil canadien des normes de la radiotélédiffusion (CCNR) ont étouffé la manœuvre avec quelques lettres …aux médias.
Puisque le gouvernement canadien refuse d’obliger les diffuseurs à se responsabiliser, des parents et des enseignants ont mis au point une stratégie, le jeûne volontaire de petit écran appelé DÉFI.
En avril 2007, le Journal de Montréal titrait : « 653 enfants en DÉSINTOX».

 

Quelques jours après la clôture du jeûne volontaire de petit écran, l’émission “Ados-radio” diffusait un reportage sur la performance des élèves de l’école primaire Jacques-Rocheleau, à St-Basile-le-Grand. En janvier 2008, l’émission de télé Enquête consacrait 30 minutes à ce DÉFI et dans la centaine d’écoles où le DÉFI a été lancé depuis 2003, ce sont les parents qui en ont pris la décision. Pour des enfants d’aujourd’hui, garder les écrans fermés durant 10 jours constitue un véritable exploit olympique.

Déjà en 1997 le programme SMART, Student Media Awareness to Reduce Television, de réduction de télé chez les enfants, avait été mis au point par le Dr Thomas Robinson et démontrait dans leur école de San José une réduction de 40% de la violence physique, et de 50% de la violence verbale. Surprise supplémentaire, les enfants qui ont le plus amélioré leur comportement sont ceux qui, avant l’application du programme, manifestaient le plus d’agressivité.Edupax.org 2008.

 

Impact du yoga sur les résultats scolaires
L’hypothèse est posée, le yoga devrait aider les enfants à se concentrer et donc à mieux étudier. Une chercheuse québécoise s’est penchée sur le sujet en 2008 et voici ce qu’elle a trouvé.

Dans le cadre de sa maîtrise en kinanthropologie à l’UQAM en 2008, Emma Brouillette, a voulu mesurer l’impact du yoga sur l’attention et les résultats scolaires des enfants de 5 à 6 ans à la Commission scolaire Marie-Victorin.
Un programme de yoga a été créé par Isabelle Lacharme, et les professeurs de yoga Annick Lapointe et Patrick Vesin ont donné 48 séances sur 12 semaines, soit 4 séances de 30 minutes par semaine. L’objectif pour les enfants était de favoriser leur développement cognitif et psychomoteur, leur créativité, et plus spécifiquement d’acquérir ou de renforcer l’attention sélective et l’attention soutenue. Les enfants ont été divisés en deux groupes, le groupe expérimental qui a pratiqué le yoga et le groupe témoin sans yoga.
Finalement, l’hyperactivité et l’inattention n’ont pas été réduites chez les pratiquants de yoga, mais elles ont augmenté dans le groupe témoin, donc le yoga a eu un effet bénéfique. Et surtout, les élèves du groupe de yoga ont amélioré leur score global de compétences du préscolaire.

 

Aux États-Unis
L’une des plus grandes études (1) réalisée en 2003 sur les effets du yoga concernant la scolarité des enfants a été menée par l’Université de Californie à Los Angeles dans le cadre du Program Evaluation and Research Collaborative (PERC). 405 élèves et 18 professeurs y ont participé et les résultats sont concluants, le yoga agit favorablement sur l’estime de soi, la santé physique et les performances scolaires.
Voici leurs résultats :

  • Estime de soi
    Au bout d’une année de yoga, l’estime de soi des élèves avait augmenté de 20%.
    Comportement des étudiants
    Les étudiants qui ont participé le plus au cours de yoga sont ceux qui avaient le moins de troubles du comportement ou de discipline.
  • Santé physique
    La santé physique des étudiants a aussi été améliorée.
  • Résultats scolaires
    Et enfin les résultats scolaires ont aussi augmenté avec le yoga. Plus il y a d’assiduité au yoga et meilleurs sont les résultats scolaires.

    Sources Lemonde, radio-canada, yogaed.
(1) yogaed.com/resources/a-study-of-the-yoga-ed-program-at-the-accelerated-school/

Post Author: yogamond

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