Ils réclament du yoga

ENTREVUE avec Francine Cauchy

À la fois enseignante et professeure de yoga, Francine Cauchy a eu l’occasion d’enseigner le yoga aux enfants de 3 à 12 ans dans des lieux variés et des structures différentes.
Formée par André Van Lysebeth et Noëlle Perez, disciples de BKS Iyengar, elle est aussi diplomée en Yoga et Ayurvéda avancés de l’American Institute of Vedic Studies du Dr Frawley, en astrologie védique et en massage des marmas de l’Institut Européen d’Études Védiques.
Actuellement, elle offre des formations aux enseignants telles que « Yoga en classe », « Yoga au pré-scolaire », « Yoga à l’école » mais aussi « Gestion du stress » au Centre des Enseignantes et des Enseignants de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), en plus d’une formation continue destinée aux professeurs de yoga (yoga pour les enfants – yoga pour les aînés – yoga-nidra – prana-vidya – yoga et ayurvéda).

« Vous savez les enfants me réclamaient le cours de yoga. »

Yoga Mondo : Le yoga pour enfants a-t-il évolué au cours des dernières années ?
Francine Cauchy : Visiblement, le yoga pour enfants a beaucoup évolué dans les dix dernières années. En 2006, il y avait peu de monde qui s’en préoccupait, mais à présent, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, de nombreux projets ont été développés et le yoga pour enfants commence petit à petit à entrer dans l’enseignement.
Ici, au Québec, je forme régulièrement des professeurs de yoga au yoga pour enfants qui vont ensuite l’enseigner dans les écoles, que ce soit au préscolaire ou au primaire, et je suis souvent demandée dans les regroupements de CPE. Par contre, je trouve que cela n’avance pas suffisamment au secondaire alors que les besoins y sont immenses. C’est à cet âge que l’on retrouve le plus de violence et de décrochage, mais c’est aussi à ce niveau qu’il est si difficile de faire entrer le yoga!

 

Qu’est-ce que le yoga développe chez l’enfant ?
Francine Cauchy : Je travaille justement présentement à un livre qui explique comment il est possible de développer grâce au yoga les compétences que l’enfant n’a pas eu l’opportunité de développer au cours de son évolution, comment l’aider à s’épanouir, à grandir et donc à réussir dans son apprentissage à l’école, ce que tout parent désire grandement pour son enfant. Cela ne veut pas dire que l’on va en faire des ingénieurs ou des médecins, mais plutôt que les enfants se sentent bien avec eux-mêmes, bien dans leur être.
Pour moi, le yoga va donner une possibilité à l’enfant de libérer les tensions inhérentes à la vie et de s’affirmer dans son individualité. Bien sûr, la pratique va renforcer leurs os, assouplir leur musculature, leur assurer un bon équilibre postural et sur le plan psychique, les asanas vont développer leur concentration, leur confiance en soi, leur force intérieure, leur endurance et leur créativité. Le but est vraiment d’atteindre un équilibre psychophysique.

« Le yoga a toujours été une mode avec des vagues plus ou moins grosses selon les périodes. »

Le yoga est réellement une science, l’enfant doit entrer dans l’expérience et en tirer des bénéfices, il doit y avoir des effets visibles. Pendant les formations, je montre à mes professeurs de yoga quels sont les points à observer pour voir si un enfant est insécure, agité ou hyperactif. On dit que tous les enfants sont hyperactifs, mais ce n’est pas le cas, en fait ils n’ont pas de très gros problèmes, ils n’ont juste pas reçu ce qu’ils devaient recevoir à un moment donné. Et ce n’est pas du tout la faute des parents. D’ailleurs être parfait dans l’éducation d’un enfant est impossible, chacun fait de son mieux et plus tard, grâce à leurs enseignants et au yoga, les enfants vont récupérer ce qu’ils n’ont pas reçu.

 

  • Cartables et dos
    Il est reconnu que le port du cartable trop chargé et la longue position assise en classe peuvent avoir des effets négatifs sur leur dos. Certaines postures de yoga, pratiquées quotidiennement, peuvent compenser ces conséquences désastreuses.
  • Respiration et stress
    Les techniques de respiration jouent un rôle au niveau émotionnel et mental. Nous avons tous connu les bancs de l’école, le stress, la pression qui supplante souvent la motivation pour réussir, les relations pas toujours faciles avec l’enseignant et les pairs, tout un lot d’émotions dans des registres et degrés variés, et toute une énergie qui demande à être libérée et canalisée. La respiration pratiquée selon certaines règles permet d’éliminer les tumultes intérieurs de ces situations incontournables.

 

Le comportement des enfants a-t-il changé avec l’arrivée des nouvelles technologies ?
Francine Cauchy : Les enfants naissent maintenant avec un ordinateur dans les mains et cela les déconnecte d’eux-mêmes, de leur corps. Même si l’ordinateur a des avantages, il va à l’encontre de leur épanouissement et de leur enracinement, et le yoga peut venir ré-équilibrer cet aspect-là. Je pense aussi qu’il faut absolument règlementer le temps d’accès à tous ces petits écrans.

 

Quels sont les obstacles qui empêchent selon vous le yoga de rentrer dans les écoles ?
Francine Cauchy : Vous savez, un enseignant a toujours peur de ne pas faire son programme qui est de plus en plus lourd, par vocation il veut la réussite de ses élèves, mais manque toujours de temps et d’énergie. Ainsi, si on lui demande de rajouter du yoga à son horaire, le plus souvent il va refuser « non, pas encore une nouvelle activité ». Je le sonde alors en lui demandant « est-ce que vous perdez du temps en discipline ? » , « oui », reconnaît-il et je lui propose de consacrer ce temps-là à une activité constructive comme quelques postures de yoga sur chaise et, par la suite, il aura moins besoin de faire de discipline durant sa classe.
Quand un pays décide de réunir un conseil pour étudier si le yoga serait bon pour les élèves, de faire une enquête sérieuse, et si les résultats sont positifs, de l’inclure dans les écoles, n’est-ce pas encourageant? Ce fut le cas de l’Italie et de l’Amérique du Sud, alors pourquoi n’est-ce pas appliqué partout?
À l’école, l’enfant développe des savoir-faire comme lire, compter, écrire, mais pour le savoir-être, il y a une grosse lacune et le yoga pourrait vraiment la combler.

 

Avez-vous déjà été confrontée aux enfants atteints de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ?
Francine Cauchy : Oui, dans une de mes classes de yoga, j’avais un élève atteint de TDAH et ce ne fut pas facile à gérer, c’était très fatiguant. Au départ, j’étais inquiète, je me suis dit que cela devait déranger tous les autres élèves, mais en fait, ces derniers étaient habitués à le voir en classe alors cela ne les perturbait pas du tout. Du coup, j’ai dédramatisé la situation et j’ai pris l’angle de la bienveillance et de la bonne humeur. À présent, je peux affirmer qu’il y a des résultats positifs à condition d’être patient.

 

Comment les parents perçoivent-ils le fait que leurs enfants font du yoga en classe ?
Francine Cauchy : Il arrive que les enfants le soir veuillent faire la classe à leurs parents, je trouve cela fantastique. Les enfants aiment jouer au professeur. Vous savez à l’époque où j’étais enseignante dans ma classe, les enfants me réclamaient le cours de yoga. Il y a trois ans, je donnais une conférence justement sur le yoga aux enfants et à la fin, des personnes sont venues me remercier avec la larme à l’oeil. Elles avaient été touchées par mes propos, car elles-mêmes en tant qu’adultes se sont reconnues, elles se sont souvenues des petites lacunes dans leur enfance, des lacunes que le yoga aurait pu venir combler.

 

La méditation arrive aussi de plus en plus dans les écoles, qu’en pensez-vous ?
Francine Cauchy : Oui effectivement, et cela a l’air de fonctionner ce qui ne m’étonne pas du tout. Les médias font beaucoup de sensibilisation à ce sujet. Pour moi, les enfants doivent bouger, alors je vais plutôt favoriser le mouvement du yoga, car je suis issue de cette tradition. La méditation est une autre approche qui va aussi les centrer. Quelle que soit l’approche, le but est que l’enfant soit heureux, calme et épanoui.

 

Êtes-vous confiante que la pratique du yoga va entrer dans les écoles ?
Francine Cauchy : Oui cela fait longtemps que je m’y consacre, et de mon côté, à mon échelle je fais ma part. Vous savez, je fais du yoga depuis 50 ans et je l’enseigne depuis 40 ans. Le yoga a toujours été une mode avec des vagues plus ou moins grosses selon les périodes. D’autres traditions pourraient aussi prendre le relais et remplacer le yoga, mais je crois au yoga car c’est ma voie, cependant il y a tant d’autres possibilités qui ne sont pas du domaine de la croyance mais bien de la science.

 

Pour rejoindre Francine Cauchy :

Institut Vidya
www.institutvidya.org
(450) 281-1108

Post Author: yogamond

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